Les crypto sont-elles la solution aux barrières financières du monde francophone ?


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    Constat : il existe de fortes barrières financières aux échanges entre francophones ainsi qu'une exclusion financière d'une grande partie des populations francophones

    Extrait du Livre Blanc Paypite : https://paypite.org/wp-content/uploads/2018/05/Livre-Blanc-Paypite-v0.8.pdf

    Des coûts de transaction trop élevés

    L’Union européenne s’est dotée d’une monnaie unique (l’euro) et du protocole de transfert SEPA : cela constitue pour les individus et les entreprises un formidable atout puisque les transferts bancaires (SEPA) sont devenus faciles et très peu coûteux.

    Il n’en est cependant pas de même pour les transferts d’argent hors zone SEPA : Amérique, Asie, Afrique,… Ainsi, le coût d’un virement bancaire international, par exemple entre la France et le Québec ou entre la France et Madagascar, peut atteindre 30 € ou 40 €, auxquels il faut ajouter des frais de change facturés par les banques souvent étonnamment élevés. Les alternatives aux virements bancaires, telles que Western Union ou MoneyGram, sont certes moins coûteuses mais leur coût représente tout de même généralement 9% à 12% du montant envoyé pour des transferts Nord-Sud. Les transferts d’argent entre pays émergents sont encore plus coûteux, atteignant jusqu’à 20% du montant envoyé.

    Ces coûts de transaction élevés représentent une réelle souffrance pour les personnes de la diaspora envoyant de l’argent à leur famille. Comme l’explique ce fermier sénégalais par exemple : « Il est trop cher pour moi de payer 10% ou même plus pour chaque transfert, explique-t-il. Ma fille nous a envoyé une fois l’équivalent de 10 000 € pour que je puisse construire cette cabane-là, derrière, et pour acheter les premières machines pour mes champs. Et l’agence dans laquelle je suis allé a tout simplement gardé 1 300 €. C’est plus que ce que ma fille gagne par mois ! »

    Cela conduit souvent les diasporas à utiliser des moyens informels pour transférer leur argent, comme en témoigne cet émigré burundais : « comme il existe deux vols de Brussels Airlines par semaine qui font les navettes de Bruxelles à Bujumbura, [je] cherche des Burundais qui rentrent au pays pour apporter l’argent à [ma] famille. Une pratique courante parmi les Africains de Belgique, qui n’hésitent pas à remettre leur argent à de parfaits inconnus. » Ainsi, on estime qu’un pays comme le Mali reçoit la plupart des transferts d’argent de la diaspora via les réseaux informels. Cependant, comme le rappelle Kadhy Sakho Niang, présidente du Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations (Forim), « ce n’est pas sécurisé. Les destinataires ne voient parfois jamais la couleur de l’argent et le transporteur peut être braqué par des coupeurs de route. »

    Il s’agit pourtant de volumes importants, puisque la Banque Mondiale estime que les envois de fonds réalisés par les migrants (excluant donc les transferts réalisés par les entreprises) représentaient 596 milliards de dollars en 2017, dont 450 milliards de dollars à destination des pays en développement .

    Ce coût élevé des transactions financières est un frein au développement des échanges commerciaux, surtout pour les petites transactions, et donc un frein au développement économique . Alors qu’il est facile en Europe d’acheter sur Internet un produit ou un service provenant d’un autre pays, par exemple un produit provenant d’Allemagne expédié en France, même pour des produits ou services ne coûtant que quelques euros, la même opération est très difficile à effectuer entre la Réunion et Madagascar, pourtant proches géographiquement. Les PME francophones peuvent donc difficilement travailler ensemble de manière efficiente.

    Le groupe de réflexion Overseas Development Institute (ODI) estime que « le continent africain perd ainsi entre 1,4 et 2,3 milliards de dollars par an » et que « l'alignement des frais pour les Africains sur la moyenne mondiale dégagerait suffisamment de revenus pour financer la scolarisation de quelque 14 millions d'enfants, soit presque la moitié des enfants non scolarisés en Afrique subsaharienne, et pour fournir de l'eau potable à 21 millions de personnes. »

    En conséquence, le G8 s’était fixé comme objectif de ramener à 5% les commissions sur les transferts à destination de l’Afrique subsaharienne avant 2014, mais l’objectif fut loin d’être atteint . Le nouvel objectif, décidé à la Conférence internationale sur le financement du développement d’Addis-Abeba en 2015, est de faire baisser les frais de transfert d’argent à 3% du montant envoyé d’ici à 2030.

    La moitié des francophones n’est pas bancarisée

    Si des pays francophones tels que la France, la Suisse, la Belgique ou le Québec sont fortement bancarisés, il n’en est pas de même de tous les pays ni de tous les francophones dans le monde. Ainsi, on estime par exemple qu’à Madagascar 97% de la population n’a ni compte bancaire ni carte de paiement, ou encore 98.5% au Niger et 85% au Sénégal .

    Une des causes principales de cette sous-bancarisation d’un certain nombre d’économies francophones provient des tarifs et frais de tenue de compte, trop élevés par rapport au niveau de vie de la population locale. Ainsi, au Cameroun, le dépôt minimum pour ouvrir un compte est de 700 dollars, alors que le salaire moyen est de 98 dollars par mois .

    En conséquence, les espèces (argent liquide) restent au cœur des échanges économiques, que ce soit pour les paiements quotidiens, les transactions commerciales, ou les transferts d’argent. Cela entraîne une insécurité accrue, les vols étant fréquents. Un rapport de la Banque Mondiale souligne les avantages de la bancarisation pour les populations : plus grande capacité à démarrer et développer des entreprises, constitution d’économies de réserve, capacité à investir dans l’éducation de leurs enfants, meilleure absorption des chocs financiers (cas d’urgences).

    En outre, l’absence de cartes bancaires empêche le commerce en ligne de se développer. On constate en effet que le commerce en ligne est absent des pays sous-bancarisés, or celui-ci est un puissant facteur d’efficience de l’économie et d’augmentation de la productivité – et donc de développement économique.

    Des monnaies fragmentées et fluctuantes

    Parmi les pays francophones, seuls l’euro, le franc suisse, et le dollar canadien sont des monnaies librement convertibles, c’est-à-dire que leur cours est fixé par les achats et ventes sur les marchés des changes. Dans la plupart des autres pays francophones, les devises étrangères ne peuvent pas être si facilement achetées et vendues, ce qui est un frein aux échanges commerciaux transnationaux. Ainsi, même pour pouvoir régler une facture d’un fournisseur par exemple, il faut souvent suivre une procédure administrative de quelques jours, à l’issue potentiellement incertaine.

    Il faut noter que même les monnaies arrimées à l’euro telles que les deux franc CFA (il existe un franc CFA pour l’Afrique de l’Ouest et un franc CFA pour l’Afrique centrale ), si elles offrent l’avantage de la stabilité, ne facilitent pas le commerce en dehors de leur zone. Ainsi, un commerçant sénégalais peut difficilement payer un fournisseur camerounais directement en franc CFA.

    Enfin, nous observons que la plupart des monnaies subissent de fréquentes dévaluations. Si le franc CFA a un taux de change fixe par rapport à l’euro, il n’en est pas de même pour les autres monnaies nationales. Ainsi, de nombreuses monnaies sont souvent victimes de dévaluations comme l’ariary malgache , le dirham marocain , le dinar algérien , le dinar tunisien , le franc congolais , etc.

    Les cryptomonnaies : la solution ?

    Nombreux pensent que les cryptomonnaies peuvent être une solution contre l'exclusion financière, notamment sur le continent africain. Par exemple :


 

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